Les 4 milliards de dollars des bailleurs de fonds internationaux est un Poisson d’Avril
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Jean Erich René : 3 avril 08
La face la plus laide de la pauvreté c’est la famine. Jusqu’à la fin des années 1980 cette calamité n’avait pas encore touché Haïti. La sécurité alimentaire dans le monde a été perturbée par l’inauguration de la politique du libre échange qui a intégré la nourriture dans le commerce international sans tenir compte de l’obligation biologique pour l’homme de se nourrir pour assurer chaque jour le fonctionnement de son métabolisme. En assujettissant ce besoin fondamental aux règles du commerce international taillées sur mesure pour faciliter le libre échange, les dirigeants nationaux ne sont plus en mesure d’intervenir afin de remettre les pendules à l’heure. Avant de prôner le libre échange les pays riches avaient déjà dépassé la barre de l’autosuffisance alimentaire. Ils sont maintenant à la recherche d’un débouché pour le surplus de leurs récoltes.
Sur le marché de la concurrence pure et parfaite des produits agricoles que prônent les Chicago Boys, le prix est le point de rencontre de l’offre et de la demande. Quel que soit son niveau il faut disposer d’un certain pouvoir d’achat pour se procurer les produits alimentaires nécessaires compte tenu de sa bourse. Lorsqu’on n’a pas un salaire avec quoi va-t-on au marché ? Les habitants des pays pauvres crèvent de faim faute d’emplois. L’insécurité alimentaire se manifeste en Amérique depuis l’inauguration de la politique néo-libérale. En effet c’est sur la côte ouest des USA et précisément à Seattle en 1999 que fut lâché, avec la complicité agissante de l’Organisation Mondiale du Commerce, le démon du LIBRE ECHANGE qui
dévore les populations des pays pauvres.
En posant le LIBRE ECHANGE comme panacée on partait de l’hypothèse, non encore vérifiée, que la suppression des barrières douanières va créer des emplois. La réalité quotidienne prouve que ce système ronge au contraire les ressorts de la machine étatique pour la laisser sur ses jantes. Le rôle de tout Gouvernement c’est de veiller à l’équilibre macroéconomique de la Nation afin de réparer les injustices sociales en bridant l’appétit des entrepreneurs trop gloutons. Le libre-échange a fait sauter les verrous en laissant les dirigeants politiques pieds et mains liés. Il devient immoral de la part du Gouvernement Préval/Alexis de laisser le peuple mourir d’inanition. L’émeute de la faim vient de commencer aux Cayes et aux Gonaïves en ce jeudi 2 avril 2008.
Une priorité aussi vitale que l’alimentation ne figure pas dans l’agenda de la Banque Mondiale ni du Fond Monétaire International qui ont fait la promotion de la politique néo-libérale en instaurant en 1980 le PAS ou Programme d’Ajustement Structurel. Les leviers du Commerce international ont été transférés aux grandes firmes américaines. En Haïti la libéralisation du marché a commencé avec Henri Namphy qui est tombé dans le filet du dumping américain. En effet la livraison, par Chouchou, à vil prix du sac de riz de Miami, de l’huile de beurre, du lait carnation à 4 pour 5 gourdes, a inhibé la production nationale. Il en résulte le découragement des planteurs de l’Artibonite. Le coup de grâce sera donné par Préval qui a privatisé les entreprises publiques et augmenté le chômage.
Les prêts accordés par les Bailleurs de fonds internationaux ne sont pas émotionnels mais rationnels. Pour peu qu’on remonte l’histoire le 25 Juillet 2006 le PM Jacques Edouard Alexis avait tenu le même discours devant les mêmes acteurs. Où sont les 750 millions de dollars qu’on lui avait promis ? Qui va donner 4 milliards de dollars au Gouvernement de Jacques Edouard Alexis qui n’a aucun plan. Quelles sont les garanties de retour du capital et des intérêts. Quel est le délai de récupération ? La Communauté internationale n’a pas de Fonds propres. Elle se sert de l’argent des contribuables. Elle a des comptes à rendre. Le 25 avril 2008 le Chef du Gouvernement et ses ministres préparent une réunion avec les bailleurs de fons internationaux pour recevoir 4 milliards de dollars afin de réduire la pauvreté et la vie chère ! En visant aussi haut les dirigeants politiques haïtiens prouvent qu’ils n’ont aucune lecture des écritures du Grand Livre des bailleurs de fonds internationaux pour se faire une telle illusion.
Pour ramener leurs pieds sur terre, rappelons qu’en 1996 au sommet de Rome sur l’alimentation, l’objectif poursuivi c’était la réduction de moitie de la pauvreté à l’horizon 2015. Il faudrait un budget de 60 milliards de dollars US soit une moyenne de 4 milliards de dollars US par année. Les fruits n’ont pas répondu à la promesse des fleurs. Quelle est donc cette médecine jalap que nous proposent les économistes du DSNCRP. Cette pauvreté qu’Haïti n’a jamais connu auparavant est due à l’application de la politique néo-libérale qui a effacé les barrières tarifaires pour favoriser le libre-échange. En augmentant le volume d’exportation des pays riches, selon le principe des vases communicants, parallèlement le niveau d’importation des pays pauvres monte. Leur déficit budgétaire s’aggrave.
Le revenu a chuté de plus de 40% dans les pays ou la politique néo-libérale a été suivie comme Haïti. Le libre-échange n’est pas aussi libre qu’on le prétend, il est plutôt monte sens unique. On en veut pour preuve le système de brevet inauguré par l’OMC ou Organisation Mondiale du Commerce et qui ne facilite que les promoteurs du libre-échange. Des firmes Internationales à notre insu ont apposé leurs étiquettes sur nos fruits, nos légumes et nos céréales dont les semences deviennent leurs propriétés privées. Elles ont pillé génétiquement notre flore et notre faune. La reproduction par les voies sexuées et asexuées de nos plantes et de nos animaux ne pourra plus se faire dans un proche avenir sans leurs permissions. Les compagnies qui en détiennent les brevets jouissent de leurs droits exclusifs.
La vulgarisation des variétés transgéniques tend à nous exclure davantage du marché agricole. Des aliments génétiquement modifiés sont mis sur le marché. Le commerce des OGM demeure quasiment une exclusivité américaine. Le Gouvernement Préval/Alexis devrait porter le Parlement à légiférer sur la protection de notre patrimoine génétique avant qu’il ne soit trop tard. Nous pouvons citer l’exemple de Cuba qui a relevé le défi de la faim après l’embargo économique américain et l’éclatement de l’Empire soviétique, en mettant à profit les méthodes de l’Agriculture biologique. La permaculture permet de multiplier par 4, et même plus, le rendement des récoltes. Que le soi-disant agronome qui dirige Haïti prenne notes. Une orientation de la politique agricole du Gouvernement vers la production s’impose. Le projet de combattre la pauvreté dans le cadre du Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté ( DSNCRP) grâce aux 4 milliards de dollars des bailleurs de fonds internationaux est un Poisson d’Avril !
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