Par Jean Erich René
Le mensonge, la mystification, le laisser-faire sont les ennemis redoutables du progrès économique et l’avancement social. Ignorer un mal, si bénin soit-il, c’est l’encourager à s’empirer et tendre plus rapidement vers la mort. Avant la découverte de la pénicilline l’eczéma était fatal. La dégradation de l’environnement d’un pays est un problème collectif qui nécessite irrévocablement l’intervention de tous ses fils. Les conséquences sont trop importantes pour laisser la solution à la merci de politiciens marrons, sans aucune science ni conscience. Plus on attend, plus la calamité progresse jusqu’à un point de non retour. Cette série de
cyclones qui viennent de s’abattre su le territoire national illustre avec précision la fragilité de notre écosystème et l’imminence du désastre haïtien.
En plus du réchauffement de la planète comme cause initiale de l’éclatement au pluriel des cyclones dévastateurs, le déboisement et l’explosion démographique s’allient pour accélérer la dégradation de l’espace haïtien. En 1986 la population haïtienne était chiffrée à 5.500.000 habitants pour atteindre un effectif de 7,1 millions en 2001. En 2008 on a recensé 8.924.553 habitants. Port-au-Prince la capitale avoisine les 2 millions et nos villes de province dépassent plus de 100.000 habitants. Parallèlement à ce taux de croissance exponentielle de 2,5% de la population, le taux de croissance de la production est de 2,3%. On tombe ipso facto dans la trappe malthusienne. L’instinct de survie oblige nos compatriotes à exercer une pression considérable sur l’espace cultivable. Vu l’archaïsme qui caractérise nos méthodes de culture, il s’en suit la dégradation pure et simple de notre environnement. Nous accusons nos Chefs religieux qui ne font que rebattre les oreilles de leurs fidèles avec ce verset des
Pentateuques au premier livre de la Bible :
Genèse 1,28
Dieu a dit à Adam et à Eve : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-là ; ayez autorité sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, sur tout ce qui est vivant et qui remue sur la terre».
Ce populationnisme exacerbé de nos pasteurs est la cause principale de la destruction des bassins versants de nos rivières. Aujourd’hui nous sommes à l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, qu’ils invitent leurs ouailles à la continence. A cause de l’explosion démographique 5 causes fondamentales expliquent le déboisement d’Haïti :
- a) Boulangeries
- b) Blanchisseries
- c) Usines d’huile essentielle
- d) Guildives
- e) La fabrication du charbon
- f) Les fourneaux à chaux
L’Etat haïtien, par l’entremise de la DGI, détient la liste complète des boulangeries, blanchisseries, guildives et des usines d’huile essentielle, les plus grands consommateurs de bois sur le territoire de la République d’Haïti, soit un total annuel de 2,5 millions TM . Une simple décision administrative peut enrayer le mal en annexant parmi les clauses de leur permis de fonctionnement l’obligation formelle d’utiliser du fuel comme combustible. Une telle possibilité est déjà prévue en 1987 par un décret faisant obligation aux entreprises commerciales haïtiennes de faire appel à un combustible de substitution du bois. Nous invitons la 48e législature à animer cette prescription légale dans une circonstance aussi aggravante.
C’est le meilleur instrument réglementaire de cette catastrophe de notre environnement.
La fabrication du charbon est un problème très complexe lorsque l’on considère l’ampleur du marché, soit 4 millions de tonnes de bois. Le chiffre d‘affaires dépasse 65 millions de dollars US par an. Le niveau d’implication de la force de travail, soit plus de 150.000 emplois, complique également les données. Tout le monde se sert du charbon en Haïti. Sa forte demande s’explique par la rareté et la cherté d’un substitut pour la cuisson, le chômage endémique de nos paysans à la recherche de sous pour subvenir à leurs besoins pressants suite à la perte de rendement de leurs jardins. Le pire c’est que le marché du charbon, compte tenu de la loi de l’offre et de la demande, accuse actuellement une consommation d’environ 300.000 TM. En 1983, on ne consommait que 124.000 TM. La dimension politique et économique devient énorme. Bon an, mal an il faut en venir à bout pour stopper le déboisement. De souriantes alternatives nous sont offertes par le sous-sol haïtien.
a) Le charbon naturel : lignite.
-Dans le Plateau central et de manière spécifique à Maïssade dans la région de Ravine Sable un gisement de 9 millions de tonnes de charbon a été identifié.
- A Camp Perrin, près des Cayes, sur l’habitation Délinois il y a un gisement qu’on estime à 7,6 millions de mètre cube.
-A Rivière Canot, Rivière Au Piège et à l’Asile plus précisément à Nan Bois Pin d’autres gisements de lignite non moins importants ont été signalés.
Outre la cuisson, dans certains pays comme l’Allemagne, le lignite actionne certaines Plantes électriques. Selon les experts nous avons suffisamment de charbon naturel pour répondre à nos besoins en énergie au moins pour un délai de 25 ans.
On ne peut pas résoudre le problème de l’environnement haïtien sans arrondir l’angle de la misère qui nous porte à nous abattre sur nos bocages comme source d’énergie. Nos mines de charbon constituent la réponse la mieux appropriée en la circonstance. Nos propositions sont tirées d’une étude scientifique réalisée en 1976 par la SOFREMINES.
b) Le gaz naturel
Les compagnies canadiennes Sainte Geneviève et KWG ont identifié en Haïti 10 sites de gaz naturel.
Haïti est l’un des rares pays du monde qui utilise la chaux dans la préparation du mortier pour la construction ou bien son lait comme élément de blanchiment. Le carbonate de calcium peut aisément y suppléer. Compte tenu de l’ère d’émergence de l’île d’Haïti du fond des océans nous sommes bien pourvus en gisement de carbonate de calcium. Donc point n’est besoin de détruire nos lots boisés pour la pulvérisation de nos roches en calcaire friable et utilisable. Des études scientifiques ont accusé l’existence de 3 gisements de carbonate de calcium dont le cubage approximativement est estimé à 2 billions de tonnes. Zoranje non loin de Miragoâne est l’un des points identifiés comme détenteur d’un lot important de gisement de carbonate de calcium. Leur pureté et leur blancheur étonnent les géologues.
Rien qu’en évoquant la présence dans notre sous-sol de gisement de lignites et de carbonate de calcium, nous élucidons le problème de l’érosion par l’exploitation à outrance de nos lots boisés pour la fabrication du charbon et de la chaux. Par voie de conséquence, nous offrons une alternative digne au chômage de la population haïtienne en âge de travailler dont le taux
avoisine 65%. En effet l’exploitation des mines, la mise en sac du charbon naturel et du carbonate de calcium vont considérablement augmenter le nombre d’emploi en Haïti tout en réduisant la pression sur notre environnement naturel. Toute une chaîne de production peut s’installer en commençant par les usines à craie jusqu’à la composition sur place de la peinture par suite du mixage du carbonate avec des pigments variés comme matières premières. Autant d’unités de production demandeuses de bras.
Nous avons pris la mauvaise habitude d’ignorer nos techniciens, voire les ridiculiser. La militance est privilégiée au détriment de la compétence. Voilà la source principale du malheur d’Haïti. Nos hommes politiques occupent les postes de décision sans être imbu des moyens de l’Etat haïtien. D’où l’impossibilité apparente de la résolution de la problématique de l’environnement. Une intervention clinique réussie exige un diagnostic sûr. Parfois, comme dans le cas de l’inondation des Gonaïves et d’autres villes d’Haïti l’expertise est indispensable.
Quelles solutions à court terme ?
La Cité de l’Indépendance bâtie sur une superficie de 250 hectares de terre est logée au fond d’une cuvette. Située au-dessous du niveau de la mer les vagues du cyclone Hanna dont la hauteur varie de 4 à 6 mètres ont littéralement investi la ville. De plus les travaux de drainage entrepris par le Gouvernement intérimaire ont été mal conduits. En élevant le niveau des rues, le Bench Mark a été escamoté. D’où l’enterrement des résidents lors des dernières pluies diluviennes. A court terme les solutions à
envisager sont :
- La remise au niveau initial des rues des Gonaïves en empilant les alluvions sur le littoral afin de dresser une digue consolidée par une structure en béton. Le problème d’écoulement des eaux ménagères peut être résolu par un clapet unidirectionnel, fermé sous l’action des vagues de la mer.
- Les canaux de drainage des Gonaïves sont mal orientés. Il faudrait les diriger de préférence en direction de Hatte-Granmont, dont la cote offre une plus forte déclivité pour l’écoulement des eaux usagers et de ruissellement
- La rivière Laquinte qui ordinairement sort de son lit lors des grandes crues doit être rectifiée au niveau de Carrefour Lexi non loin de la Maison de Zacharry Delva. En effet, en ce point Laquinte se divise en deux branches qui rappellent un Y englobant la Ville des Gonaives. C’est à partir de Carrefour Lexi que Laquinte déborde ses rives pour envahir l’espace urbain. Le curage régulier du lit de Laquinte, comme le faisait l’ODPG autrefois avant la saison des pluies, et l’érection d’une structure en béton, en forme d’éperon, surplombant le point de formation des deux branches de Laquinte, épargnera la ville des Gonaives de l’excès des eaux
en furie.
- A court terme les 31 bassins versants de nos rivières doivent être traités. Les solutions à Long Terme comme le reboisement, les haies vives, les canaux de contour, les lacs collinaires sont à envisager. Mais vu le coût onéreux et le délai assez long, soit 4 ans, que réclame le traitement de nos bassins versants, entretemps leur détérioration va s’aggraver. Les averses et les cyclones sont fréquents. Une solution à court terme consiste à couvrir en un temps record par la voie aérienne à la fin de la saison
cyclonique en novembre, nos 31 bassins versants peuvent être reconstitués rapidement par des espèces sauvages aussi prolifiques que luxuriantes que :
- L’herbe Madame Michel, Themeda quadrivalvis ,de la famille des Poacae
- Afio, cyperus rotondus de la famille des Cyperacae en pagaille dans le Plateau Central . Un compatriote de bonne volonté et
qui possède son avion personnel voudrait se porter comme bénévole pour relever un tel défi par l’épandage de semences d’espèces exotiques disponibles.
Déplacer la population des Gonaïves et d’autres villes, vu l’état de nos finances et la fumisterie de nos centres de décisions politiques, appartient au monde merveilleux du rêve. Il nous faut agir vite et bien en arrêtant les décisions suivantes à moyen et à long terme !
- La Ministre des Affaires Sociales et à la Condition Féminine ne peut pas se croiser les bras. Une campagne de planning familial doit être lancée pour limiter les naissances. En Chine toute femme qui met au monde plus d’un enfant est pénalisée. Nous devons penser à :
- la pratique de la vasectomie pour les machos haïtiens
- la ligature des trompes pour les mères de poules.
- Le ministère de l’intérieur doit motiver les ASECS et les Casecs à l’observance des interdits relatifs à la coupe inconsidérée de nos arbres.
- Le Ministère de l’Agriculture en tandem avec le Ministère de l’Environnement doit dresser les pépinières avec nos essences forestières
et lancer la grande coumbite nationale pour la mise en terre des plantules à moyen terme
- Le lèse-environnement doit être classé au rang de crime par le Parlement haïtien !
- Paysans, vaudouisants, aïzans, pitite-feuille, hounsi, houngnor, hounsi kanzo, hounsi bossale, la place, assogoué, divinor, houngan, mambo, sonnez la cloche(Ogan) du grand rassemblement pour le reboisement de notre environnement, le réceptacle de nos loas.
Le Poteau-mitan s’effondre !
Les pierres –tonnerres s’effritent !
Nos dieux sont agonisants !