Rebâtir Haïti
Monday, November 24th, 2008
Par Jean Erich René -
Chronologiquement le tracé des villes d’Haïti, le canevas des quartiers résidentiels, l’architecture des bâtiments les plus imposants relèvent, pour la plupart, des crayons de l’époque coloniale et de l’Occupation Américaine. En effet, des maisons préfabriquées avec des structures métalliques étaient importées d’Europe. Les villes de Jérémie, Jacmel, Cayes sont jusqu’à présent des témoignages éloquents de l’influence française en Haïti.
Nous relevons les griffes américaines au siècle dernier surtout au niveau des édifices publics. Nous ne pouvons pas inventorier au détail près les différentes étapes de l’aménagement du territoire national, mais le bon sens nous permet de distinguer deux phases bien distinctes de l’évolution structurelle d’Haïti :
- des études objectives et conscientes que nous héritons des colons et de l’occupant
- des étapes ponctuelles mais purement subjectives inspirées beaucoup plus par le besoin de rayonnement politique de nos gouvernements que par le souci de doter le pays de certaines charpentes indispensables à notre évolution sociale.
A ce compte nous devons rendre nos publics hommages aux Présidents :
- Paul Eugène Magloire qui a transcendé par sa stature l’histoire de la construction en Haïti en ouvrant le Boulevard de Delmas contribuant ainsi à la création de cette Commune. Nous relevons aussi à son actif l’inauguration du Ciment d’Haïti qui a révolutionné l’archétype de construction, grâce au béton armé plus résistant au cyclone, sans oublier nos unités de fabrication de blocs, fer forgé etc.
- François Duvalier qui a reconstruit la Grand’Rue de Port-au-Prince, bétonné la route nationale jusqu’à Carrefour Dufort, érigé le Building des Contributions, l’École des Infirmières, entamé la Construction de l’usine hydro-électrique de Péligre, implanté le plus somptueux Aéroport de la Caraïbe de l’époque.
- Jean Claude Duvalier qui a actionné les Centrales hydro-électriques de Péligre, Drouet, Saut Mathurine, les Centrales Thermiques de Carrefour, de Varreux pour distribuer dans nos villes l’électricité 24 sur 24 dont nos compatriotes aujourd’hui sont nostalgiques. Dans le domaine de la communication jusqu’à nos jours les Haïtiens ne font que jouir des bienfaits de son gouvernement notamment avec la TELECO et ses satellites. La TNH, la Radio Nationale, la route de l’Amitié les routes nationales No 1
et No 2 sont autant de réalisations qui témoignent de son constant souci d’améliorer le sort du Peuple haïtien. Les Centres Sportifs de Delmas et de Carrefour, la présence d’Haïti au Championnat International de football à Munich en 1974 sont les résultats probants des investissements consentis
sur le plan sportif.
Peut-on dire autant des Locataires du Palais National de ces 18 dernières années? Exception faite du Gouvernement intérimaire de Gérard Latortue qui s’est démené activement pour doter le pays de certains Complexes Administratifs, rien de concret n’a été relevé à leurs actifs. Par contre
ils ont des passifs lourds en corruption. Aujourd’hui ils ont atteint le fond du vase avec le vol des linceuls à la morgue de l’Hôpital Général, la dilapidation des fonds de l’ONA impliquant l’entourage immédiat de César.
Dans quel Tribunal avec quel Code Pénal va-t-on faire ce jugement?
Outre la déliquescence des moeurs, nos élites ne répondent pas non plus au cri de désespoir des affligés. Elles préfèrent s’isoler dans leurs cocons en se désolidarisant de la masse. Une telle topographie sociale, cotée sur le degré de fortune, donne lieu à chaque changement de Gouvernement à des éclatements regrettables. Le déchouquage ne fait que rétrécir l’espace vivable et augmenter le coût du loyer. L’image d’Épinal affecte aussi les Bureaux de l’État mal logés depuis 1804. L’enseignement, exception faite des Écoles congréganistes, est dispensé dans des maisons inappropriées, parfois sans aucune cour de récréation. Que dire d’une bibliothèque, d’un gymnase, d’un laboratoire de Sciences, d’une cafétéria etc.
La plupart de nos facultés dispensent un enseignement théorique mais non professionnalisant. Nous ne formons que des perroquets, des pseudo intellectuels qui n’intériorisent même pas leur savoir. Comment apprécier les prolongements pratiques de leurs prétendues sciences dans la résolution
des problèmes nationaux.
Pendant deux siècles nous éprouvons un malin plaisir à chasser nos fils les plus vaillants et à détruire le patrimoine national. 35.000 intellectuels haïtiens ont émigré récemment au Canada. Après l’assassinat de Dessalines, sa résidence privée et le Palais des 365 portes ont été pillés. A la mort de Christophe le Palais de Sans-souci à Milot et la Citadelle La Ferrière ont été saccagés.
Presque toutes les luxueuses demeures de nos Chefs d’État qui pourraient servir de sites touristiques ont été incendiées ou rasées par la foule. En 1986, l’Église Catholique d’Haïti pour précipiter le
départ de Jean Claude Duvalier a lancé la sotte initiative de démolir certains Locaux Publics, spécialement les Écoles Construites dans nos Communautés Rurales par l’UNESCO sur la demande expresse de Joseph C. Bernard, Ministre de l’Éducation Nationale.
Dans un État de non droit la population haïtienne est réduite à l’instinct de survie. Si nous voulons jouir d’une sécurité relative il faut rebâtir Haïti. Le renouveau s’inscrit dans la résurrection des axes existants, augmentés des nouvelles perspectives afin d’amortir les charges inhérentes
à notre folle croissance démographique. Compte tenu de l’internationalisation intense des rapports, Haïti ne peut pas se comporter en État paria. Le climat malsain de Port-au-Prince n’est pas favorable à
l’équilibre des échanges avec nos homologues.
L’idée de Dessalines de transférer la Capitale d’Haïti ailleurs serait bienvenue en une telle occurrence. Le Président Louis Pierrot avait exprimé aussi le même sentiment en étiquetant ironiquement Port-au-Prince de : Port-au-Crime.
Depuis la Rome Antique la grandeur d’une Nation était préfigurée par les imposantes façades de ses bâtiments publics, ses amphithéâtres etc. Dans le même ordre d’idées St Petesbourg est devenu Leningrad en 1924. Dans la même veine Georges Washington a construit la Capitale qui porte son nom après l’indépendance américaine. Il n’est pas conseillé de confier les rênes du pouvoir aux pauvres d’esprit.
Ils sont à la fois mesquins, misérables et miséreux. Il n’y a pas d’État sans moyen. Il revient aux dirigeants d’identifier nos sources de richesse afin de dégager la contrepartie financière nécessaire à la création des débouchés économiques.
Il nous faut une Capitale plus moderne avec de grandes avenues, des espaces verts et des édifices publics plus fonctionnels. Le développement économique d’Haïti s’intègre dans une géographie visant à loger une société ouverte au progrès du monde. Tant en économie libérale que planifiée, rebâtir Haïti est tributaire d’un processus décisionnel que doit enclencher une Administration étatique intelligente, consciente et responsable.
