Sortir Haiti du puits
Monday, October 6th, 2008Par Jean Erich René
Plus rien n’ira comme avant ! C’est le sentiment que nous inspire l’effondrement du Wall Street en entraînant dans sa chute superbe les satellites économiques qu’il énergisait. La faillite du marché financier américain se répand comme une traînée de poudre à travers le monde. Les pays de l’Europe sont en train de faire une nouvelle infusion de monnaie pour équilibrer leurs marchés. Si financièrement les Grands ne sont pas en sécurité que dire des petits. Finalement le mois de septembre porte malheur
aux Américains. Le crash du Wall Street s’apparente au drame du 11 septembre 2001. Avec la chute des Tours Jumelles le symbole de la fierté américaine était lézardé. Aujourd’hui l’effondrement du marché boursier, le thermomètre de la bonne marche des affaires, dépasse le cadre du territoire
américain. Une nouvelle crise économique mondiale dont l’ampleur dépasse celle de 1929 est en cours.
Quant à présent les pays pauvres ne peuvent compter sur personne. Dans la mêlée à chacun de se débrouiller à sa façon ou bien de disparaître de la carte du monde. La leçon à tirer de cette tragédie c’est que le temps de l’attentisme et de la charité est terminé. Existe-t-il encore un John Maynard Keynes capable de tirer l’Economie mondiale de cette impasse comparable à la période d’entre les deux guerres ? En tout cas son interventionnisme♪étatique recommandé en période de crise refait
surface, au grand dam de la théorie libérale de la main invisible. L’équipe de Georges vient d’essuyer la fâcheuse conséquence du laisser-faire. Entretemps Haïti comme un malade déjà mal en point est à son dernier soupir. Son problème le plus crucial consiste à loger et à nourrir sa population qui ne fait que croître de manière exponentielle. Comment sortir Haïti au fond de ce puits qui s’approfondit davantage de jour en jour ?
Tout d’abord il nous faut bannir l’amateurisme et reconnaître le bienfait incontestable de la planification, la programmation, la coordination, le contrôle comme des outils indispensables de la gestion de la cité. Il nous faut renoncer à cette manière cavalière de percevoir le social et
l’économique haïtiens en espérant que tout va s’arranger naturellement. Non ! Nous sommes à un point de non retour. L’environnement haïtien est dans un piteux état. La fréquence des cyclones ne lui accordera pas le temps de se régénérer. Il faut une intervention chirurgicale majeure pour réparer les
tissus nécrosés, sans quoi on risque de perdre l’organe. A ce compte il faut presser le pas. Fort heureusement il nous reste encore des terres cultivables qu’il convient de mettre en valeur méthodiquement afin de nourrir le peuple haïtien. Il suffit de prendre conscience du mal et
d’appliquer le paquet technique adéquat.
Le moment est crucial et réclame la présence de techniciens chevronnés au chevet du malade. Bon gré, mal gré les fantaisistes au pouvoir sont bien obligés de prêter oreilles aux révélations des techniciens de l’art. Le défi est trop grand pour qu’il le brave par leurs sarcasmes coutumiers de
nager pour sortir. La mutinerie est proche à bord de la Santa Maria. Les matelots sont prêts à jeter Colomb à l’eau en lui reprochant de les avoir conduits au péril. La terre promise est-elle proche ? Il ne suffit pas d’escamoter les urnes pour arriver au pouvoir. Il faut aussi apaiser la faim et étancher la soif du peuple. On ne peut plus compter sur l’aide des grandes puissances empêtrées dans une tourmente financière sans précédent. Demander de la charité n’est plus possible. L’augmentation de la production
agricole haïtienne comme le bâton de Moïse produira le miracle tant souhaité. Oyez !
Dans les conditions post cycloniques, l`agriculture haïtienne est sur le grabat. Le produit per capita était y2= 0,21 TM et la consommation par tête y+ = 0,59 TM. Le rapport production/consommation est de :
y2/y+ = 0,21/0,59 = 0,37 < 1
0,37< 1 signifie que nous ne produisons pas assez pour donner à manger une population aussi nombreuse. Voilà le vide qu’il faut d’abord combler pour faire sortir Haïti de ce puits au fond duquel elle se trouve. Il revient à nous et à nous seuls de lever cette indétermination. Un volume aussi
important de production échappe au contrôle du paysan et à l’archaïsme de ses méthodes. Il nous faut avant tout un Etat responsable, planificateur, sérieux et compétent. En dépit de la situation déplorable de notre environnement il nous reste encore des plaines et des vallées qui, si et seulement si, elles sont bien irriguées et drainées, peuvent répondre au-delà de nos attentes et nous ouvrir même la voie à l’industrialisation, condition sine qua non du Développement économique. Pour les sceptiques
faisons un inventaire même sommaire de nos dotations en facteurs de production agricole en commençant par un relevé géographique de nos terres arables par ordre décroissant :
Plateau Central……………………………………………………217.000 has
Plaine de l’Artibonite………………………………….……….80.000 has
Plaine des îles sous-jacentes.……………………………… 71.800 has
Plaine du Nord et de Fort Liberté.………………………38.000 has
Plaine du Cul-de-Sac……………………………….…………….37.000 has
Plaine du Nord-Ouest…………………………………………….30.000 has
Plaine des Cayes et de Torbeck…………………………….20.000 has
Plaine de la Grande Anse et des Abricots……………18.500 has
Plaine du des Gonaïves et la Savanne Désolée…….16.500 has
Plaine de Léogâne…………………………………………………..10.000 has
Plaine du l’Arcahaie ……………………………………………….10.000 has
Plaine des Nippes …………………………………………………. 10.000 has
Plaine de Limbé et de Port Margot ………………………… 9.000 has
Plaines Moustiques, Port de Paix, Anse à Foleur ……. 8.000 has
Plaine. Côteaux, Les Anglais et Les Irois ………………..6.500 has
Plaines Rochelois et Fond des Nègres…………………….. 6.250has
Plaine de Mirebalais et Vallée de Saut d’Eau………….. 6.000 has
Plaine d’Aquin et des Côtes de Fer………………………….. 5.000 has
Plaine de Saint Marc et de Montrouis……………………… 5.800 has
Plaine de Petit Goâve et de Grand Goâve……………….. 4.500 has
Nous avons 609.850 has de terre en plaine. Il nous faut éviter d’exploiter nos mornes pour éviter leur érosion et protéger notre environnement. Au contraire, il faut les reboiser et les dédier en certains endroits à la culture des denrées d’exportation tels que le cacao et le café. Nos plaines et nos vallées doivent être converties en ruches bourdonnantes sous le grondement des tracteurs. Les engins mécaniques, les semences améliorées, les engrais, les pesticides augmenteront notre productivité et notre rendement à l’hectare. Aujourd’hui l’agriculture haïtienne doit emboîter le pas à la modernité si on veut sortir Haïti du fond du puits.