BANDITISME | PRATIQUES NOUVELLES | Des pirates dans le golfe de La Gonave !
Thursday, October 9th, 2008Par Phoenix Delacroix |lundi 6 octobre 2008
Jeudi 18 septembre, 6 heures 30 a.m. L’aube se dissipe peu à peu sur le port public de Cariès (Montrouis) où règne un véritable branle-bas. Le premier voilier en provenance de La Gonave, « La Providence », connu pour sa ponctualité et attendu à 6 heures, tarde à se signaler. Néanmoins, la nouvelle le concernant se répand comme une traînée de poudre. « La Providence a été interceptée par des voleurs montés sur deux chaloupes à 4 heures 30 du matin. Marins et passagers ont été molestés, dépouillés de leur argent, de leurs bijoux et autres objets de valeur ». L’information se résume en ces deux phrases. Elle est répandue par Michelet, porte-faix très connu et respecté de tous. Il affirme tenir l’information d’une cousine embarquée sur « La Providence ».
Sur le port, plusieurs groupes se forment. Les commentaires pleuvent. Pêcheurs, passagers, vendeurs, toutes les catégories sociales fréquentant l’espace ne veulent croire à la nouvelle.
Personne, toutefois, n’ose contester Michelet qui jouit d’une solide crédibilité dans les environs. « Si Michelet le dit, c’est vrai. C’est un homme de parole qui ne plaisante jamais », rappelle Sarah au groupe de marchandes qui l’entoure. « De plus, ces genres de nouvelles ne sont pas de nature à amuser personne », ajoute-t-elle dans un sursaut de colère. L’inquiétude gagne tous les cœurs. À mesure que le temps passe, les appréhensions des uns et des autres augmentent et tous les scénarios sont évoqués : panne quelconque, traversée difficile à cause du vent contraire, arraisonnement par des criminels, naufrage. Les voiliers mettent généralement tout juste un peu plus deux heures pour la traversée et les commentateurs ne peuvent expliquer le retard de « La Pvovidence », lequel est censé avoir levé l’ancre à trois heures.
Ce n’est pas tant l’improbabilité de l’information qui dérange les usagers du port de Cariès. Mais sa gravité, son caractère inédit, perturbateur et surprenant. C’est en effet le troisième cas de piraterie enregistré dans le canal de la Gonâve en un mois. Inquiétant pour une région qui n’en a pas l’habitude. Ici, les naufrages, les pannes de moteur, les bagarres entre marins et passagers sont courants, mais pas des actes de flibuste. C’est donc un phénomène nouveau avec tout ce que cela comporte de négativité. « La Gonâve, ce n’est ni la Somalie encore moins ces îles inhabitées du Pacifique où cette pratique fleurit », s’indigne Adeline, professeur en attente d’embarquement. « D’où viennent ces voleurs ? Pourquoi ont-ils choisi ce genre d’activités ? Pourquoi s’en prennent-ils aux usagers du canal en général ? ». Ce sont autant de questions embarrassantes que Dumornay, pêcheur, adresse à ses compagnons.
Peu à peu, le mécontentement gagne en ampleur. « Il faut tracer un exemple sur ces voleurs. Je suis prêt à former une équipe pour les combattre », lance Ti Pyè, un réparateur de filets au physique athlétique. Cette invitation semble trouver un écho favorable auprès des différents groupes qui, comme d’une seule personne, applaudissent. « Mais que pourriez-vous, avec vos machettes, vos piques et vos coutelas contre leurs fusils et leurs pistolets », demande Ginette, qui affirme être du nombre des victimes de la première attaque menée par les « pirates », deux semaines auparavant. « Ils (les bandits) portent des cagoules, sont armés de fusils et de pistolets et voyagent à bord de chaloupes rapides. Ils obligent tout le monde à se coucher sur le pont du voilier et emportent tout ce qui est important en termes d’argent et de bijoux. Ceux qui se montrent lents à obéir à leurs injonctions sont sévèrement battus. C’est une expérience que je ne veux pas refaire », ajoute-t-elle.
Plus tard dans la journée, la nouvelle de l’arraisonnement de « La Providence » est confirmée. La menace pesant sur les Gonaviens est de taille, d’autant que la Police nationale ne dispose pas de moyens appropriés pour combattre cette forme de crime. Selon divers témoignages, trois attaques ont été menées depuis mi-août contre deux voiliers et une pirogue de pêcheurs.
La voie maritime constitue l’unique moyen de transport utilisé par les résidents de la plus grande île adjacente de la République d’Haïti. Or les attaques de ces nouveaux écumeurs se multiplient. Trois types de navire sont disponibles pour la traversée : yacht, bateau à moteur et voilier. Plus rapide, mais plus cher (375 gourdes) et donc moins sollicité, le yacht seul peut échapper, mais non sans risque, à la menace.
Face au péril, certaines personnes ont tout simplement ajourné leur voyage. Le directeur de la Police nationale, Mario Andresol, a pour sa part annoncé « la mobilisation de tous les moyens de l’institution policière » contre les malfaiteurs.