Réveillez-vous, société civile, il se fait tard - Change ou Meurs
Wednesday, December 3rd, 2008par Rose-Laure Brierre - J’ai écouté les paroles du président Préval le jour du marathon organisé par le secteur privé pour venir en aide aux victimes des dernières inondations.
Il disait :« se paske yo pov ke y’ap koupe pye bwa »… Je suppose que le président ne parlait pas des boulangers, blanchisseurs et de tous les autres qui font du charbon de bois leur commerce. Cette phrase du président, banale en apparence renferme toutefois une idéologie du pouvoir en place dans le pays depuis quelques années et qui a accéléré notre descente aux enfers.
Au nom de la pauvreté, on peut tout faire. Tuant, kidnappant, volant, salissant, construisant en toute liberté, on ne respecte aucune norme. Les dirigeants confondent pauvreté, insalubrité et corruption.
Cette idéologie sert d’argument au citoyen malhonnête se cachant derriere la pauvreté pour pouvoir opérer impunément. Aussi, ce n’est pas surprenant que notre pays soit le 4e plus corrompu du monde. Dans la rue, dans mon quartier, dans mon travail, ce laisser-aller devient le mode de vie.
Dans une salle de classe, le directeur d’école ne permet pas aux élèves faibles de tricher. S’il le faisait, aucun autre élève, même le plus intelligent, ne travaillerait. Ce serait la débandade. Travaillant pour l’excellence et non la médiocrité, la réussite et non l’échec, il organise des cours de rattrapage pour les plus faibles de manière à ce que ceux-ci puissent avoir une meilleure chance de passer les examens avec succès. Il me semble que c’est cette attitude que devrait afficher un dirigeant responsable, choisissant d’encadrer et non d’abandonner. Même quand on semble être à court de moyens, il ne faut désespérer, car l’humain possède en lui des ressources illimitées qui n’attendent que l’encouragement pour faire surface.
Je devais trouver 3 millions de gdes comme participation de la population de mon quartier à un projet communautaire financé par l’Union Européenne. Avec de l’organisation, nous avons pu accumuler cette somme. « … Men anpil chay pa lou …» Celui qui ne travaillait pas donnait de son temps et celui qui travaille donne de son argent.
Aux 4 millions et demi de gens vivant avec moins d’un dollar par jour, le dirigeant dit : « l’honnêteté, la beauté, la propreté, le respect mutuel, celui de l’environnement, l’éducation, ne te ressemblent pas, parce que tu es pauvre… », pendant que d’autres profitent de cette attitude pour s’en mettre plein les poches. Ces 4 millions et plus de citoyens rabaissés par leurs dirigeants sont condamnés à leur sort, mettant le pays dans une situation de quête permanente d’aide humanitaire malgré l’aide des haïtiens d’ici et de la diaspora et malgré l’aide étrangère.
Pour pouvoir rêver du beau, Ti Jean du peuple devrait d’abord le cultiver. En fréquentant l’école, il est appelé à devenir maire comme n’importe qui. Mais il a besoin de voir une belle place publique pour pouvoir la reproduire dans sa commune. En voyant la marchande de mon quartier installer ses « 3 woch dife » » » dans la rue, et avant qu’elle ne me sorte les arguments du président, je lui ai donné un réchaud à charbon. Et je veille à ce que ce réchaud soit utilisé en lieu et place du bois. Mais j’ai compris aussi que ces « 3 woch dife », cachaient plus que de la pauvreté, mais plus encore une volonté manifeste d’agresser.
J’ai compris aussi que face à ce pouvoir de la violence qui lui a été donné par nos dirigeants, je devais faire quelque chose. Faisant partie de l’élite, je me sentais obligée de l’aider à conquérir d’autres pouvoirs comme celui que donne l’éducation par exemple.
Le président élu Barak Obama, dans son livre « Les rêves de mon père « a abordé le problème « J’entendais les mêmes choses dites par des noirs que je respectais. Qui t’a dit que l’honnêteté était une valeur blanche ? Qui t’a vendu cette combine qui te fait croire que ta situation te dispense d’être attentionné ou gentil ou que la moralité a une couleur ? Tu as perdu le nord mon frère. Tes idées sur toi-même – sur la personne que tu vas devenir sont devenues rabougries, étroites et mesquines. » Plus loin, il continue : « Comment est ce arrivé ? Je n’avais pas fini de formuler la question dans ma tête que déjà la réponse s’était imposée. La peur. Cette peur constante et rampante de n’être chez moi nulle part »…..
Poser le problème de pauvreté en Haïti, c’est aborder la question des valeurs universelles comme l’honnêteté, la justice, le respect de l’autre, le respect de l’environnement, le respect des lois et l’amour de son pays qui doivent être les mêmes pour tous, quel que soit la couleur de la peau ou le degré de richesse.
Poser le problème de la pauvreté, c’est aller à la rencontre des élites politiques et économiques qui doivent travailler au service de la majorité, à la rencontre du populaire et de l’aristocrate, de l’élite et de la masse. Une élite qui prend conscience de ses responsabilités de grand frère qui accompagne le petit. Une élite réconciliée qui reconnaît ses différents pouvoirs et qui accepte de s’en servir au profit des autres. Une élite qui arrive à dominer sa peur pour aller à la recherche d’elle – même.
Aborder le problème de la pauvreté, c’est aller à la recherche de l’homme haïtien lui-même, pour l’aider à prendre conscience de ses valeurs intrinsèques afin qu’il puisse s’affirmer comme tel.
Aborder le problème de la pauvreté, c’est aller vers une réconciliation nationale par la tolérance des uns vis-à-vis des autres… « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre »